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En Suède, les Sisyphe de la vigne (REPORTAGE)
Par Gaël BRANCHEREAU
  
BORGHOLM (Suède), 8 fév (AFP)  - La production de vin en Suède est embryonnaire, pour ne pas dire anecdotique, et la poignée d'exploitants ayant relevé la gageure de planter en dépit du climat hostile sont loin, bien loin, de connaître l'aisance des grands producteurs bordelais ou californiens. Ces pionniers du vin ont le plus souvent été contraints de conserver un emploi salarié, certains se sont endettés, d'autres, mieux lotis, ont vendu leur entreprise contre un avenir semé d'embûches.  Installés à Oeland, une île de la mer Baltique, Helén Eriksson et son mari Stefan Skoeld, qui travaille à mi-temps dans une menuiserie, font partie de la première catégorie.
Ils ont créé en 2001 l'association des "Viticulteurs suédois" qui draine aujourd'hui une vingtaine d'exploitations totalisant 20.000 pieds de vigne. "Il fallait former un pôle où les exploitants partageraient leur expérience, un interlocuteur crédible et fort en face des pouvoirs publics", explique Helén, qui préside l'association.

La vente d'alcool aux particuliers est en effet l'apanage du monopole d'Etat des vins et spiritueux. Les producteurs et négociants, qui ont tout juste le droit de fournir les professionnels de la restauration, réclament l'ouverture du marché des particuliers et la baisse de la fiscalité sur l'alcool. Après sa formation de sommelière, Helén Eriksson s'est lancée dans l'aventure en septembre 1999 sur les terres familiales du village de Vaestra Soerby, à quelques encablures de Borgholm, chef-lieu de l'île.  "J'avais effectué plusieurs stages en France, dans le Bordelais (sud-ouest) et dans la région du Mont Ventoux (sud). Et puis je me suis dit: à mon tour", raconte-t-elle. Leurs 700 pieds de vigne répartis sur un hectare à peine plongent leurs racines dans le calcaire, protégés des vents par un collier de pins et de bouleaux. A quelques centaines de mètres de là, le vacarme des éoliennes témoignent de l'exposition du littoral.  Helén et Stefan ont sélectionné des cépages robustes (environ 3/4 rouge, 1/4 blanc), achetés au Danemark et en Allemagne, et dont la floraison tardive les préservent, en principe, des gelées de printemps. Le thermomètre affiche 12 degrés Celsius au-dessous de zéro en ce matin froid de février. Sous le givre, "la vigne dort", confie Helén Eriksson. Oeland bénéficie d'un des meilleurs taux d'ensoleillement du pays. A la Saint Jean, l'île baigne dans la lumière de 03H00 à 23h00. Si tout va bien, la deuxième moitié de 2004 verra la toute première mise en bouteille: 50 litres seront tirés exclusivement du modeste vignoble, et 500 litres supplémentaires produits avec du raisin acheté à d'autres producteurs. Prix de vente unitaire: autour de 1.000 SEK (108 euros), la valeur d'un grand cru! Destinée au marché suédois, la récolte suivra les canaux habituels: magasins du monopole et restaurants locaux. Cher? La cuvée de Vaestra Soerby sera 100% écologique, vendangée, pressée, vieillie et mise en bouteille à la propriété, une première historique pour la Suède, argue Helén.

En attendant, la famille Eriksson Skoeld importe du vin de la SCA Les vignerons du Mont Ventoux, qui bénéficie de l'appellation d'origine contrôlée. Cette activité constituent un complément de salaire indispensable et la source essentielle de financement du chai, dont la construction a déjà été retardée. Mais là encore, même à 25.000 bouteilles écoulées chaque année (le volume mensuel d'un gros négociant), les tâches s'effectuent à la main: les étiquettes françaises sont décollées une par une et remplacées par des étiquettes suédoises. Le Château Crillon se transforme alors en "Calmare slott" ou "Borgholms slott" (slott signifiant château en suédois).

Gaël Branchereau, AFP.